03.08.2008

Vous avez dit : décroissance?

Contrairement à ce que ce mot peut laisser entendre, la décroissance n'est pas reculer mais faire une pause dans un élan productiviste à tout va.
Un décroissance sereine qui rejoint la doctrine de l'Église sur un sain développement.
Préconiser une décroissance fait bondir les adeptes de la croissance, qui redoutent la stagnation économique, un chômage accru, un repli frileux sur le passé. La Bible n'a-t-elle pas assigné à l'homme de croître et de se multiplier?
Mais décroître n'est pas retourner en arrière ou s'installer dans une croissance zéro. C'est ralentir et réguler cette économie productiviste du "toujours plus, toujours plus vie", qui massacre l'environnement, pour la seule jouissance de biens matériels : en un mot faire une pause. "Pour concevoir la société de décroissance sereine, écrit Serge Latouche, il faut littéralement sortir de l'économie... et remettre en cause sa domination sur le reste de la vie". C'est une question de mesure et de limite : il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Il faut rétablir la hiérarchie des valeurs et arrêter de saccager la planète, sans ce soucier des générations futures. trois questions se posent : Quelle croissance? Pour quelle finalité? Par quels moyens?
Paul VI avait en 1967 brossé dans Populorum Progessio (1) les traits essentiels du développement, terme plus approprié que "croissance"et nouveau nom de la paix. "Il s'agit de construire un monde où tout homme puisse vivre une vie pleinement humaine". Vingt ans plus tard (1987), Jean-Paul II dans Sollicitudo rei socialis (2) a exposé une véritable Charte de l'écologie. Texte magistral qui reprend le terme positif du "développement" et tire vers le haut les thèses des théoriciens de la décroissance. Il dénonce la création de besoins artificiels par un engrenage gigantesque d'offres tentatrices : "...une sorte de surdéveloppement (...) qui offre la disponibilité excessive de toutes sortes de biens ; (...) le vrai développement ne peut consister dans l'accumulation pure et simple de richesses". "(...) il n'est pas un processus linéaire, quasi automatique et par lui-même illimité (...), conception inspirée de la philosophie des Lumières (...) sans considérations des dimensions sociales, culturelles et spirituelles de l'être humain (santé, droit à la vie, alphabétisation, habitat...). Les résultats sont décevants, vu les écarts entre l'abondance scandaleuse du Nord et le sous-développement du Sud (...). Peu de personnes possèdent beaucoup, alors que beaucoup ne possèdent rien."

Invitation à la transcendance

Jean-Paul II va plus loin et invite à la transcendance au nom des exigences morales. Dominer et cultiver le jardin doit s'accomplir dans l'obéissance à la loi divine : en respectant les êtres, le cosmos, en considérant le caractère limité des ressources naturelles, en préservant la qualité de la vie, l'être sur l'avoir. il qualifie même de "structures de péché" des comportements égoïstes qui transgressent l'ordre naturel, des institutions et des décisions économiques imprudentes, l'idolâtrie de l'argent et de la technologie. Le remède? La solidarité considérée comme vertu, la tempérance, le respect de l'identité de chaque peuple, qui doit disposer de son autonomie alimentaire, un développement ordonné de la démographie ; ce sont en dernier ressort les parents qui décident du nombre de leurs enfants.

Benjamin Guillemaind

(1) Paul VI, Populorum Progressio, Téqui, 60 p., 6€.
(2) Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, Téqui, 144p., 3,10€.

Paru dans L'Homme Nouveau n°1420, du 26 avril 2008.

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