03.08.2008
Benoît XVI aux JMJ : l'écologie aussi est au programme du pape
Avant de rencontrer les centaines de milliers de jeunes qui l'attendent à Sydney, Benoît XVI, dans l'avion, avait expliqué aux journalistes que le thème de l’écologie serait « très présent » au cours de son voyage, et qu'il entendait mettre l'accent sur la responsabilité de tous envers l’environnement. « Parler de l'Esprit Saint (thème de ces JMJ), c'est parler de la Création et de notre responsabilité face à la Création », a expliqué le pape. Il faut « réveiller les consciences », a-t-il insisté. Interrogé sur les engagements pris par le G8 de réduire de 50 % l’émission de gaz à effet de serre d’ici à 2050, le pape a répondu :« Il faut répondre à ce grand défi et retrouver la capacité éthique de changer en bien la situation ». Il s'agit en effet d'un enjeu moral et politique : la conscience des responsabilités, la volonté des dirigeants, la lucidité des citoyens...
Ainsi sont balayées les arguties sur la prétendue capacité du marché à résoudre les problèmes. Que ceux qui ont des oreilles, entendent !
Le pape a l'intention d'aborder nettement le problème du changement climatique. Ce n'est pas surprenant : comme je le disais hier soir sur Radio Vatican, l'engagement de Benoît XVI – après Jean-Paul II – en faveur d'une écologie « radicale » (= allant « à la racine » du problème) fait partie de la nouvelle théologie de la libération qui se condense actuellement dans l'Eglise catholique. Le succès d'affluence du pavillon du Vatican à l'Expo universelle de Saragosse (L'eau et le développement durable) en est une preuve supplémentaire.
Les écologistes non chrétiens sont-ils sur la même longueur d'ondes que Benoît XVI ? On peut le penser en lisant le numéro d'été du journal militant La Décroissance. Je vous en parlerai demain !
« La Décroissance » parle comme Benoît XVI
Où l'on découvre que les écolos les plus radicaux réprouvent la cathophobie et le néo-paganisme :
On connaissait les bonnes relations qui existent entre Josef Ratzinger et la revue L'Ecologiste. Le courant va-t-il passer aussi entre lui et le journal écolo-militant La Décroissance ? Ce serait plus surprenant. Mais on en a l'intuition en lisant cet article, dans leur numéro de cet été :
<< Malthusianisme
Le livre Faire des enfants tue que viennent de publier Michel Tarrier et Daisy Tarrier est intéressant dans le sens où il met en lumière une large partie des dévoiements et des écueils auxquels peut mener une écologie étroite et mal digérée. Antispécisme (1), haine totale des religions, apologie bornée des « peuples premiers » ou des « peuples de la forêt » (indo-européens, celtes) chers à la Nouvelle Droite néo-païenne, abjection du politique, prose vomitive révélant une haine de soi et de l'humanité, tout y passe : « Il ne faut pas faire confiance à un humain, il n'appartient pas à une espèce sérieuse. Homo sapiens est la pire espèce invasive... » Les auteurs finissent d'ailleurs par rendre hommage à Yves Paccalet, auteur de L'humanité disparaîtra, bon débarras ! Comme lui, les auteurs confondent leur misanthropie et leur bêtise avec l'intelligence. >>
Ces lignes sont signées de Vincent Cheynet, directeur de La Décroissance, journal de combat qui s'honore de signatures comme celles de Jacques Testart ou d'Alain Gras. Sachant que nous avons affaire ici à ce qui se fait de plus résolu dans la mouvance écologiste en France, il faut se rendre à l'évidence : être écolo radical ne veut pas dire être néopaïen cathophobe adorateur de Gaïa. Moralité : chrétiens, encore un effort pour être écologistes ! C'est facile : il suffit d'écouter sérieusement ce que dit Benoît XVI, ce que disent les évêques, et ce que disent... les écologistes. Je parle des vrais. Pas des politiciens « verts », ni des idéologues infiltrés.
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Vous avez dit : décroissance?
Contrairement à ce que ce mot peut laisser entendre, la décroissance n'est pas reculer mais faire une pause dans un élan productiviste à tout va.
Un décroissance sereine qui rejoint la doctrine de l'Église sur un sain développement.
Préconiser une décroissance fait bondir les adeptes de la croissance, qui redoutent la stagnation économique, un chômage accru, un repli frileux sur le passé. La Bible n'a-t-elle pas assigné à l'homme de croître et de se multiplier?
Mais décroître n'est pas retourner en arrière ou s'installer dans une croissance zéro. C'est ralentir et réguler cette économie productiviste du "toujours plus, toujours plus vie", qui massacre l'environnement, pour la seule jouissance de biens matériels : en un mot faire une pause. "Pour concevoir la société de décroissance sereine, écrit Serge Latouche, il faut littéralement sortir de l'économie... et remettre en cause sa domination sur le reste de la vie". C'est une question de mesure et de limite : il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Il faut rétablir la hiérarchie des valeurs et arrêter de saccager la planète, sans ce soucier des générations futures. trois questions se posent : Quelle croissance? Pour quelle finalité? Par quels moyens?
Paul VI avait en 1967 brossé dans Populorum Progessio (1) les traits essentiels du développement, terme plus approprié que "croissance"et nouveau nom de la paix. "Il s'agit de construire un monde où tout homme puisse vivre une vie pleinement humaine". Vingt ans plus tard (1987), Jean-Paul II dans Sollicitudo rei socialis (2) a exposé une véritable Charte de l'écologie. Texte magistral qui reprend le terme positif du "développement" et tire vers le haut les thèses des théoriciens de la décroissance. Il dénonce la création de besoins artificiels par un engrenage gigantesque d'offres tentatrices : "...une sorte de surdéveloppement (...) qui offre la disponibilité excessive de toutes sortes de biens ; (...) le vrai développement ne peut consister dans l'accumulation pure et simple de richesses". "(...) il n'est pas un processus linéaire, quasi automatique et par lui-même illimité (...), conception inspirée de la philosophie des Lumières (...) sans considérations des dimensions sociales, culturelles et spirituelles de l'être humain (santé, droit à la vie, alphabétisation, habitat...). Les résultats sont décevants, vu les écarts entre l'abondance scandaleuse du Nord et le sous-développement du Sud (...). Peu de personnes possèdent beaucoup, alors que beaucoup ne possèdent rien."
Invitation à la transcendance
Jean-Paul II va plus loin et invite à la transcendance au nom des exigences morales. Dominer et cultiver le jardin doit s'accomplir dans l'obéissance à la loi divine : en respectant les êtres, le cosmos, en considérant le caractère limité des ressources naturelles, en préservant la qualité de la vie, l'être sur l'avoir. il qualifie même de "structures de péché" des comportements égoïstes qui transgressent l'ordre naturel, des institutions et des décisions économiques imprudentes, l'idolâtrie de l'argent et de la technologie. Le remède? La solidarité considérée comme vertu, la tempérance, le respect de l'identité de chaque peuple, qui doit disposer de son autonomie alimentaire, un développement ordonné de la démographie ; ce sont en dernier ressort les parents qui décident du nombre de leurs enfants.
Benjamin Guillemaind
(1) Paul VI, Populorum Progressio, Téqui, 60 p., 6€.
(2) Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, Téqui, 144p., 3,10€.
Paru dans L'Homme Nouveau n°1420, du 26 avril 2008.
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