19.11.2008
Bientôt le magazine...
La parution du magazine Le Conservateur Écolo est prévue pour le début de 2009. Ce magazine sera entièrement associatif et fera l'objet d'un site à part.
Il permettra à l'équipe du Conservateur Écolo de défendre et développer une vision d'une écologie sincère et donc conservatrice par son essence même.
Pour tout renseignements : leconservateurecolo@yahoo.fr
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Pour « sauver la planète » : réduire les inégalités !
Un débat essentiel se déroule entre les écologistes et les « avocats du social » sur les priorités à afficher et sur leur articulation. Les seconds sont parfois peu attentifs à la crise écologique, voire agacés lorsqu’on en parle trop. Une partie des premiers fait l’inverse : à force d’avoir les yeux braqués sur « la planète » et sur les destructions que nous lui infligeons, ils en viennent à considérer que le sort des plus démunis est certes déplorable, mais finalement moins dramatique que celui qui attend l’humanité si l’écologie ne devient pas la priorité absolue. Il y aurait pour eux une hiérarchie des urgences : évitons d’abord le naufrage, on pourra toujours s’occuper ensuite des passagers du bateau. Il y a toujours eu des inégalités et de la pauvreté, c’est regrettable, mais il pourrait bien ne plus y avoir d’espèce humaine.
Cette vision des choses n’est pas la pire parmi celles qui ont tendance à sous-estimer les questions sociales. La plus cynique consiste à continuer à défendre les privilèges des plus riches tout en encensant le livre de Jared Diamond, « Effondrement », un « pavé » remarquable et documenté montrant comment certaines civilisations du passé se sont effondrées pour avoir maltraité et surexploité leur environnement naturel. Cette insoutenable position est celle de Nicolas Sarkozy. À quatre reprises au moins, le président de la République, artisan résolu de l’accroissement des inégalités, a dit publiquement à quel point cet ouvrage l’avait impressionné (Le Monde Diplomatique de décembre 2007). Il en a probablement fait une lecture très sélective, oubliant que Jared Diamond montre aussi que ce sont souvent les comportements dispendieux, ostentatoires et guerriers des classes et castes dominantes de ces sociétés qui ont provoqué les désastres écologiques et humains. En poursuivant la métaphore du bateau, la position précédente est à peu près la suivante : évitons le naufrage en conservant toutes nos richesses embarquées, et en jetant par dessus bord ceux qui ne voyagent pas en business class, quitte à leur fournir des canots de fortune, semblables à ceux où s’entasse aujourd’hui la misère du Tiers Monde en quête de survie. En réalité, cela ne ferait que retarder un peu le naufrage des uns et des autres.
Il y a de bonnes raisons de penser que la crise écologique ne trouvera pas de solution si l’on sacrifie l’équité au présent sur l’autel de l’équité entre les générations, et si la réduction des inégalités sociales n’est pas considérée comme une priorité au moins aussi urgente que tous les objectifs écologiques.
La principale raison réside dans une réflexion sur l’acceptabilité sociale des réorientations nécessaires. Il ne fait guère de doute que les modes de production et les modes de vie devront être profondément modifiés dans les années et décennies qui viennent. S’agissant des modes de vie, il va falloir, EN MOYENNE, selon les Nations Unies, diviser par cinq d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre des pays dits développés, réduire dans de fortes proportions les transports automobile et aérien, le commerce international sur longues distances, l’usage de ressources devenues rares dont les terres arables et l’eau, la consommation de viande bovine et de poisson, etc. Mais la référence à la moyenne laisse entière la question de savoir qui sera prioritairement affecté par un certain nombre de restrictions ou limitations, ou par les mesures environnementales qui vont s’imposer (normes, taxes, etc.). L’avenir soutenable n’est nullement dans la réduction de tout, dans la pénurie générale, mais il y aura à la fois des possibilités de développement du bien-être et des restrictions indispensables de consommation matérielle dans certains domaines. Sur les épaules de qui ces restrictions vont-elles peser ? Cette question est la plus importante sur le plan social et politique.
Prenons l’exemple récent des incidences de la forte hausse du prix du brut, plus ou moins répercutée à la pompe. Il y a certes de la spéculation dans l’air, mais des tendances de fond sont aussi à l’œuvre, et elles vont s’amplifier avec la réduction inéluctable de la production de pétrole, sans alternative disponible, en tout cas dans des délais suffisants. Qui sera d’abord frappé par le litre de super à 2 puis 3, puis 4 euros par litre, et plus par la suite (selon Patrick Artus et ses collègues de Ixis, le prix du brut, qui était de 50 dollars le baril au moment de leur étude, en 2005, attendrait 380 dollars dès 2015) ? On l’a bien vu cette année : ce sont d’abord, outre certaines professions très dépendantes du pétrole, les ménages pauvres ou modestes, pour qui il s’agit essentiellement de dépenses « contraintes » (pour aller au travail, faire les courses, conduire les enfants…), parce que l’urbanisation et la mobilité ont été bâties sur l’usage de l’automobile. Pour les plus riches, ces hausses sont indolores et elles le resteront longtemps. Et ils sont plus nombreux à habiter dans des centres-villes exigeant moins de déplacements contraints.
En pourcentage du revenu des ménages après impôt, le poids des dépenses énergétiques est de 15 % en moyenne pour les 20 % les plus pauvres et de 6 % pour les 20 % les plus riches. Pour les carburants, ces chiffres sont respectivement de 4,6 % et 2,4 %. Pour l’électricité, 5,9 % et 2,2 %. Cette source (Ademe, avril 2008) ne fournit pas les chiffres par tranches de 10 %, mais il est certain que les 10 % ou les 5 % les plus riches dépensent bien peu pour ces postes en proportion de leurs revenus, même s’ils dépensent nettement plus dans l’absolu et si, à l’arrivée, ils consomment beaucoup plus de « services de la nature ».
AVEC DE TELLES INEGALITES, PRESQUE TOUTES LES POLITIQUES ACTUELLES DE L’ENVIRONNEMENT EN DIRECTION DES MENAGES OU MEME DES ENTREPRISES (TAXES CARBONES, ETC.) SONT « ANTISOCIALES ». Elles creusent encore les écarts entre ceux qui ont les moyens de se payer les produits « verts », logiquement plus chers en moyenne (s’ils sont verts dans leurs contenus et processus de production et pas seulement sur l’emballage), et ceux qui doivent se contenter des véhicules polluants, du hard discount dont les prix sont d’autant plus bas qu’ils reposent sur le dumping social et environnemental, ou des HLM à l’ancienne.
Le mécontentement constaté depuis le printemps dernier (prix de l’essence et des produits alimentaires, pouvoir d’achat en baisse…) risque de s’amplifier si les inégalités ne sont pas fortement réduites. Or les écologistes et leurs revendications pourraient se trouver en position d’accusés, car il ne manquera pas de « défenseurs des classes populaires », y compris à droite, pour trouver des boucs émissaires. Ce serait injuste, mais pour anticiper cela, il faut mettre ou remettre l’égalité au cœur des projets de durabilité.
D’autres arguments, typiquement écologistes, y poussent. Réduire la pression démographique mondiale ? On sait que cela passe d’abord par l’éradication de la pauvreté. S’en prendre à la surconsommation matérielle ? Ces excès s’expliquent en partie par des comportements d’imitation, donc enracinés dans les inégalités.
Une forme nouvelle de combat mondial pour la réduction des inégalités va venir s’ajouter aux anciennes et les transformer : le combat en faveur de droits universels d’accès aux services les plus vitaux de la nature (des biens communs) que sont notamment ceux de l’atmosphère, de l’eau et de la biodiversité, et d’un environnement quotidien de qualité. Les avocats du social doivent s’en saisir, car ces arguments sont forts : quand des ressources vitales n’existent qu’en quantité limitée, il est encore plus défendable d’en exiger une répartition égalitaire que lorsqu’il s’agit de richesses économiques jugées expansibles.
Jean Gadrey
http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2008/09/0...
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Stratégies pour une croissance non catastrophique.
Stratégies pour une croissance non catastrophique. Le monde du 21.10.07
Entretien avec Dominique Bourg
Vous réfléchissez depuis des années au développement durable, à quoi ressemblerait pour vous une société qui se serait résolument tournée dans cette direction ?
Il est très difficile de dire ce qu'est une société durable. Il n'en existe nulle part. Mais on sait très bien qu'il faut aller vers le découplage entre la création de richesses et ce qui a toujours sous-tendu cet enrichissement, à savoir des flux croissants de matières et d'énergie. Cette équation n'est plus tenable sur le plan énergétique, à cause du réchauffement climatique. Et, on le sait moins, parce que ce qui se passe sur le climat n'est qu'un cas parmi l'explosion à partir de 1950 de tous les flux de matières exprimant l'impact des activités humaines sur la biosphère. L'échelle a complètement changé, qu'il s'agisse des conséquences en termes de déforestation, de désertification, de diminution des ressources halieutiques...
La conservation de la biodiversité doit donc être traitée avec autant d'attention que le réchauffement climatique ?
Oui. On a trop tendance à penser qu'il s'agit seulement de conserver un musée vivant des espèces aujourd'hui présentes sur la planète. Ce n'est pas du tout le problème. La biodiversité est la base des services vitaux que les écosystèmes nous rendent. En dépendent le niveau et la qualité des récoltes, l'ampleur du cheptel, la quantité de bois pour le chauffage, la qualité de l'air, de l'eau...
Alors que l'attention est surtout portée sur la protection de l'environnement, vous insistez sur la dimension sociale du développement durable, pourquoi ?
Il est indispensable de ne pas oublier cet aspect. Lorsque Adam Smith publiait La Richesse des nations en 1776, les inégalités entre grandes aires culturelles étaient inférieures à un rapport de 1 à 2. En 2000, ce rapport variait de 1 à 74. L'essentiel de cet écart s'est formé dans la seconde moitié du XXe siècle. Cette ampleur des inégalités interpelle d'autant plus que nous sommes entrés dans un monde de ressources finies et que va se poser de façon de plus en plus aiguë la question de l'accès à ces ressources. Or il est difficile d'envisager de demander aux citoyens de faire des efforts dans l'usage de ces ressources, si ces efforts ne sont pas également répartis. L'idéal social du développement durable doit être de permettre à chacun d'accéder à un niveau de vie correct. D'une certaine façon, c'est en contradiction avec son objectif environnemental, puisque permettre à des milliards de personnes de vivre correctement suppose d'accroître les niveaux de consommation. Voilà pourquoi il me paraît impossible de séparer les enjeux sociaux et environnementaux, ils doivent être menés de front.
Vous renvoyez dos à dos ceux qui estiment que la solution se trouve dans une révolution technologique et ceux qui au contraire ne voient pas d'issue hors de la décroissance.
Une pure et simple décroissance me paraît idiot, car d'abord tout n'a pas vocation à décroître et, d'autre part, une décroissance généralisée signifie une déprime généralisée avec des problèmes sociaux infinis. Prétendre que le progrès technologique peut nous sauver est tout autant une ânerie. Pour plusieurs raisons. N'oublions pas que le progrès technique est responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Car chaque avancée technologique génère un 'effet rebond' : quand une technologie permet des gains de productivité et des économies de matières dans un domaine, elle libère une manne financière qui va se réinvestir dans un autre domaine et donc alimenter d'autres flux de matière. Au total, on n'aura rien gagné ou pas grand-chose. N'oublions pas non plus que souvent ces progrès réservent à moyen ou à long terme de mauvaises surprises pour l'environnement. Les effets des CFC (chlorofluocarbures) sur la couche d'ozone seront détectés dans les années 1970, alors que leur invention remonte aux années 1920 et leur fabrication à des quantités industrielles aux années 1950. Aujourd'hui, on découvre que les pneus génèrent des problèmes sur le plan éco-toxicologique.
Que proposez-vous alors ?
Il faut repenser nos façons de produire en ayant pour objectif le découplage. C'est ainsi que nous pouvons progresser vers une dématérialisation de nos économies, enrayer les flux de matières sans compromettre la réduction de la pauvreté et sans affaiblir nos facultés d'adaptation inséparables de l'innovation technologique.
Concrètement comment réalise-t-on ce découplage ?
Il existe deux stratégies possibles. La première réside dans le développement de l'écologie industrielle, encore appelée économie circulaire. Ce mode de production s'inspire du fonctionnement quasi cyclique des écosystèmes. L'application la plus connue est celle des écoparcs industriels dans lesquels les entreprises mutualisent l'utilisation de certains matériaux et où les déchets des uns peuvent servir de ressources aux autres. Le premier écoparc a été construit au début des années 1960 à Kalundborg au Danemark, sans dessein écologique à l'origine. Il en existe maintenant une cinquantaine dans le monde. Le gouvernement chinois vient ainsi de proposer un avant-projet de loi d'économie circulaire à l'échelle du pays. Le Japon est déjà bien engagé. Quatre projets sont en cours en France. Mais ce système suppose une certaine concentration industrielle. Les économies réalisées ne dépasseraient pas 30 % par rapport à un mode de production classique. C'est loin d'être suffisant.
La deuxième stratégie me paraît plus prometteuse : il s'agit de substituer à la vente d'un bien la vente de la fonction d'usage. C'est ce qu'on désigne par économie de fonctionnalité. En effet, tant que le chiffre d'affaires est corrélé à la vente d'un bien, il n'y a aucune incitation pour l'entrepreneur à réduire sa production physique. En revanche, s'il vend la fonction, son intérêt est que le support dure le plus longtemps possible, en y intégrant régulièrement des innovations technologiques.
Existe-t-il des expériences probantes ?
Dans le secteur des pneumatiques, Michelin s'est transformé en prestataire de services pour les transporteurs routiers. L'entreprise ne vend plus seulement des pneus, elle propose l'optimisation de l'état des pneumatiques, poste essentiel pour la consommation de carburant. Elle en assure donc la maintenance.
Ce système a rencontré un grand succès. Quelque 50 % des grandes flottes européennes de poids lourds l'utilisent avec Michelin ou un autre prestataire. La firme française a calculé que le fait de pouvoir recreuser et rechaper plusieurs fois un pneu usé multiplie la durée de vie de chacun par 2,5 et entraîne une réduction des déchets de 36 %. Dans l'électronique, la compagnie Xerox a mis en place un système de location exclusive de ses appareils avec un processus de récupération, de remise à niveau et de réutilisation des différents composants. Les éléments recyclés forment à eux seuls 90 % du poids de la machine louée.
Ce système ne peut-il s'appliquer qu'aux entreprises ?
Quelques initiatives ont été prises au niveau des individus, mais elles sont beaucoup plus complexes à mettre en oeuvre. Il existe ainsi le partage de voitures ou la vente de services énergétiques associant à la fourniture d'un chauffage un plan d'isolation et d'économie d'énergie. Et des expériences comme Vélib à Paris montrent que cela peut être une formidable réussite.
Le rapport que chaque individu entretient avec les objets, le besoin de posséder n'est-il pas un frein au développement de ce système ?
Certainement, mais il ne faut pas l'exagérer. La société de fonctionnalité que je défends au nom de l'environnement renvoie plus généralement à l'avènement de la société de l'accès décrite par l'économiste américain Jeremy Rifkin. C'est une tendance lourde de nos sociétés qui veut que l'on paie de plus en plus l'accès à un bien plutôt que le bien lui-même.
L'économie de fonctionnalité peut donc selon vous devenir un véritable levier vers une société durable ?
Sept pour cent des ressources utilisées pour obtenir des produits finis se retrouvent dans ces derniers, et 80 % de ces mêmes produits ne donnent lieu qu'à un seul usage : les marges de manoeuvre sont donc immenses. Tous les secteurs sont concernés : automobile, électronique, informatique, téléphonie mobile, électroménager... L'économie de fonctionnalité peut donc constituer un levier puissant pour conduire vers un monde d'objets supports beaucoup plus solides et intégrant un fort contenu d'innovation. Ce serait l'occasion aussi d'une cure de désintoxication pour se sevrer de modes de consommation dominés par la gadgétisation.
Croyez-vous vraiment qu'il soit possible d'engager cette mutation ?
Ce que je remarque, c'est qu'à chaque fois que je parle d'économie de fonctionnalité je suis écouté. Je n'ai eu aucune difficulté à faire passer cette idée dans le Grenelle de l'environnement même si, à ce stade, il n'est encore question que d'approfondir la réflexion sur le sujet.
Les industriels se disent qu'il y a peut-être une opportunité de maintenir de la recherche et développement sur le territoire, mais aussi de la production, car on ne fabrique pas de la même façon une machine destinée à durer vingt ans et non plus cinq. Ils y voient donc une réponse possible à la désindustrialisation. Dans une économie de production à très forte valeur ajoutée comme en Allemagne, la concurrence des pays à bas coût de main-d'oeuvre n'est plus un problème aussi vital.
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